Site Neandertal
La Chapelle-aux-Saints (Corrèze)
En 1908, les frères Bouyssonie découvraient dans une grotte, la Bouffia Bonneval, le 1er neandertalien français, qui était aussi le 1er squelette neandertalien le plus complet, et surtout la 1ère découverte d’un homme de Neandertal ayant fait l’objet de pratiques funéraires.
En 2025, le site Neandertal, jouxtant le lieu de la découverte de l’homme de La Chapelle-aux-Saints, prenait le relais du petit musée communal, géré par l’association CASAP, et qui était installé depuis 1996 au lieu-dit Sourdoire, non loin du village de La Chapelle-aux-Saints.
Un site sans nom.
Un choix certainement porté par les décideurs, et certainement débattu.
– Un musée ? … il n’y a aucune réserve d’objets, et pas de pièces originales exposées.
– Un espace de médiation ? … ce terme en vogue n’est pas utilisé.
– Un espace de restitution ? … cet autre terme en vogue ne serait pas approprié.
– Un espace muséographique ? … halte aux termes pompeux et à rallonges.
Quatre espaces de visite bien distincts
Le 1er espace est celui de l’immersion.
L’histoire du site de la Chapelle-aux-Saints et l’histoire de notre connaissance anthropologique de l’homme de Neandertal, y sont racontés dans une visite guidée par Paul Bouyssonie.
Un pari risqué concernant les quelques éléments de technologie de pointe, tant en termes de risque de pannes que de coût de réparation.
Un parcours minuté, contraint dans le temps, pour suivre les 3 scénographies dans 3 salles en enfilade. Il faut suivre le rythme du discours diffusé par des casques individuels.
Un pari risqué concernant la gestion des flux du public dans le 1er espace, avec le point particulier de l’impatience des enfants.
Un moment de visite original et pédagogique. Un discours plutôt destiné aux adultes. Toutefois, l’attention des enfants peut être accrochée par le ballet incessant des images animées qui passent d’un lieu à un autre, associées à des discours et des gestes qui invitent à déplacer les regards.
Salle 1
Elle est centrée sur l’histoire de la science préhistorique et sur l’histoire de l’évolution des espèces.
Un acteur joue le rôle de Paul Bouyssonie dans une fiction où, intemporel, il présente aujourd’hui l’aventure à laquelle il participait il y a un siècle. C’est agréable et bien conçu.
Cette salle représente le bureau de Paul Bouyssonie.
Salle 2
Elle présente la découverte du squelette de l’homme de Neandertal par les frères Bouyssonie.
Et les premières polémiques et les premiers débats, tant chez les spécialistes que dans le grand public, sur la nature de l’homme de Neandertal.
Neandertal avait-il une âme ?
Vue des 3 salles artificielles, créées par de simples cloisons.
Salle 3
Elle diffuse une synthèse des connaissances actuelles sur l’homme de Neandertal, et des travaux plus récents réalisés sur le site.
Tout cela adossé à l’intervention bien construite et bien agréable d’une actrice en tant que fouilleuse. Il fallait bien s’insérer dans l’air du temps en féminisant les intervenants après ce siècle de science masculine sur ce site. Soit … mais ce type de réécriture de l’histoire sert-il vraiment la cause qu’il porte ?
Et où sont les vrais chercheurs/fouilleurs récents tels Cedric Beauval ou Thierry Bismuth ?
Tous les discours portés dans ces salles révèlent un grand sérieux scientifique et d’intéressantes analyses historiques.
Un squelette à remettre en ordre
En 2008, le vrai squelette de La Chapelle-aux-Saints était revenu faire un court séjour en Corrèze pour le centenaire de sa découverte.
Au centre de la Salle 3, on nous présente, sur une grande table lumineuse, la photo du squelette allongé. On y trouve quelques erreurs.
Ce squelette est réalisé à partir de moulages des os originaux. Comparé au vrai squelette, on note l’absence de nombreux ossements.
De petites erreurs : 1 – Un radius droit tête-bêche. 2 – Un radius gauche tête-bêche. 3 – Un 3ème métacarpien tête-bêche. 4 – Un cubitus (ulna) et un radius gauches à inverser. 5 – Un cubitus (ulna) et un radius droits à inverser. 6 – Un fragment d’os coxal dont la concavité est à orienter vers l’extérieur. 7 – Un calcaneum à orienter le talon vers le bas.
De grands déplacements : 8 – Le 1er métacarpien gauche n’est pas une phalange. 9 – Un astragale (talus) gauche à la place d’une rotule (patella) droite. 10 – Une phalange proximale de pied rattachée à une main. 11 – Un métacarpien droit est en fait un 2ème métatarsien droit.
Un mystère : 12 – Un os mal placé et non identifié (métatarsien ?).
Le 2ème espace regroupe interactivités et vitrines de type muséal.
Cet espace tente de répondre à une situation : comment gérer l’absence de collections, l’absence de matériel archéologique ?
Plusieurs ensembles de panneaux et discours de médiation scientifique
Les présentations sont agréables et suffisamment courtes. Sur ces postes, le savoir scientifique diffusé est solide, de qualité.
Des postes interactifs
On nous invite à reconnaître des empreintes d’animaux, des os, etc.
Là, la qualité des discours est ici plus hasardeuse. On nous explique par exemple qu’il y a 50 000 ans, les chevaux vivaient en troupeaux constitués de 1 mâle et de 7 à 8 juments.
Destinés à quel public ?
Même si bien des adultes s’y arrêtent et y prennent du plaisir, n’y a-t-il pas un côté infantile dans ce mode d’enseignement ? On a un peu l’impression de l’interrogation écrite qui suit la « leçon de choses ».
Le principal de ces postes est au centre de la salle.
Une table interactive invite à identifier des os de Neandertalien et de Sapiens et à les positionner sur le bon squelette. Mais il manque un guide explicatif, et le graphisme schématique des os fait que même les spécialistes ne peuvent que choisir au hasard.
La grande table interactive : Neandertal ou Sapiens ?
Dans le fond, dans des casiers, un défilé de figurines animales en plastique blanc semble combler des vides.
Des lieux d’exposition
Une grande vitrine murale, destinée à montrer l’évolution, contient, dans des cases, une collection de moulages de crânes d’hominidés, et d’autres objets.
L’éclairage des vitrines est peu adapté, laissant dans l’ombre les faces visibles des crânes. Et il faut mesurer au moins 1,80 m pour voir correctement l’étage du haut.
Un déficit d’explications.
On nous présente par exemple des os longs néandertaliens sans aucun commentaire, aucune explication des différences avec les os d’Homo Sapiens.
Et trop d’erreurs.
De l’orthographe de Neandertal.
En 1903, la réforme de l’orthographe de la langue allemande simplifie le mot signifiant vallée « thal » qui devient « tal » : le h disparaît.
Pourtant, en Allemagne, le musée du site de Neandertal conserve le h : « Neanderthal Museum. » Et le h est aussi conservé dans l’appellation créée à partir du latin : « Homo Neanderthalensis. »
La présence d’un accent aigu sur le e de Neandertal apparaît parfois. Ce n’est probablement qu’une mauvaise transformation en Français du mot Allemand.
Sur le cartouche ci-dessus, il faudrait écrire : PROTONEANDERTALIEN.
Sans compter que Heidelbergensis d’Atapuerca est peut-être un préneandertalien mais n’est pas un protoneandertalien.
Vous avez dit Sapiens ?
Sapiens est ici traduit par « sage ». Sage ?
Le sens d’usage aujourd’hui est : posé, calme, voire obéissant, respectueux.
Est-ce ce sens là auquel pensait Linné quand, en 1758, il définit ainsi le genre Homo ?
Certainement pas. Il réfère au sens étymologique, le sens premier du très sérieux dictionnaire Littré est : qui sait, qui a la connaissance.
Quand à Sapiens, le dictionnaire Gaffiot le traduit au sens premier par : Intelligent, puis par sage et raisonnable.
Un mélange de crânes qui pose question
Lors de sa découverte, l’homme de Tautavel , enseveli sous des tonnes de sédiments, était écrasé, fissuré, déformé.
Il a fallu le reconstituer.
Le crâne présenté comme celui de Miguelon, est en fait une reconstitution de l’homme de Tautavel.
L’homme de Tautavel reconstitué, emmanché de sa colonne vertébrale, ainsi qu’il est présenté au musée de Tautavel.
L’homme de Tautavel, alias Arago 21, tel qu’il apparaît lors de sa découverte. La reconstitution du crâne rajoute un os pariétal droit du nom d’Arago 47 qui appartient peut-être au même individu, et un moulage de l’os occipital de l’homme de Swanscombe, un Heidelbergensis britannique.
Le vrai Miguelon, alias Atapuerca 5.
Et des erreurs
Que vient faire ce terme de fémur droit sur l’étiquette de ce moulage de tibia.
Non : l’humérus n’est pas un os de l’avant-bras.
Y a-t-il des spécialistes qui s’engageraient sur ces données de poids et de taille, et surtout les différences entre les hommes et les femmes.
Bolas !
L’explication est trop simple pour que les gens la comprennent.
Cette interprétation surprise et peu crédible renvoie à ce qu’on racontait autrefois.
Des errances, parfois simples erreurs d’écriture, qui auraient aisément pu être corrigées si le contrôle scientifique de cette grande vitrine avait été effectif.
Le 3ème espace est celui de la promenade extérieure.
Une courte déambulation mène à l’entrée de la « Bouffia Bonneval ». C’est le nom de la grotte où fut trouvé le squelette.
La décision/choix d’amener les visiteurs jusqu’à l’entrée de la grotte relève d’une mode édictée en principe : sortir prendre l’air fait du bien.
Mais qu’y a-t-il vraiment à voir, ou de quoi peut-on bien s’imprégner ?
L’entrée de la Bouffia Bonneval. On devine une copie du squelette.
Des visiteurs sont surpris, souvent agréablement, par la promenade aménagée et contrainte qui, pour accéder à l’entrée de la grotte où fut inhumé l’homme de Neandertal, impose de longer l’actuel cimetière, en le dominant.
Une plaque commémorative
Août 1958. Inauguration de la plaque. De gauche à droite : Paul, Jean, Amédée Bouyssonie.
1990. La plaque est repeinte pour la visite d’un congrès de préhistoriens.
Avril 2026. La plaque est illisible.
Interrogé sur l’état de la plaque et sur l’absence de nettoyage, le personnel a répondu : « Nous n’avons pas l’autorisation. »
2025. Prospectus. La plaque est-elle effacée par ordinateur ?
Le 4ème espace est le couloir de sortie.
Un bac contient une copie du squelette dans la position où il aurait été trouvé.
Située en fin de parcours de visite, cette mise en scène se voulait peut-être apothéose. Mais, très épurée, elle arrive trop tard pour que les gens s’y arrêtent, surtout après une visite très dense.
Trois visions accompagnent le squelette.
Celui-ci pose pour ces photos d’identité qu’on fait des malfrats. Il n’a guère changé depuis le 19ème siècle. La pilosité est moins dense, mais la barbe et les cheveux sont tout aussi hirsutes.
Celui-là est plus civilisé puisqu’il se pare, avec peinture corporelle et bandeau. Mais son œil vif le rend presque plus apeurant que le précédent.
Le troisième, bien propret, se coucoune dans ses couvertures, perdu dans ses rêves. Une belle image pour clôturer la visite de tous, et surtout des enfants.
Mais sait-on aujourd’hui faire vraiment mieux ?
Quel était le rapport de l’homme de Neandertal à la nudité ? Aurait-il supporté qu’on le présente ainsi ?
Quel était son rapport à l’apparence ?
Était-il Humain ? Si oui, il choisissait ses vêtements autant pour l’apparence que pour le confort.
Avis général.
Le contenu mérite le détour, ne fut-ce que pour le 1er espace.
L’architecture extérieure est bien conçue. Il en est de même du cheminement intérieur.
Pour les passionnés : beaucoup de matière et donc beaucoup de temps à y consacrer.
Des choses à revoir dans certains modes de présentation et surtout dans certains contenus scientifiques.
Rédaction Y. Le Guillou,
L’association « Préhistoire du Sud-Ouest » est entièrement indépendante de la Mairie de Cabrerets. Nous remercions la commune, ses élus, et la direction du centre du Pech Merle de leur soutien sans faille.