Grotte d’Ebbou (Ardèche, France)

La grotte ornée paléolithique d'Ebbou
(Ardèche)

La grotte ornée d’Ebbou, située sur la commune de Vallon Pont d’Arc, présente au moins 69 gravures d’animaux qui, au moins pour certaines, dateraient de la culture du Magdalénien.

Conférence organisée par Préhistoire du Sud-Ouest

Au Centre du Pech Merle

à Cabrerets (Lot – France)

Le 14 novembre 2026 à 18h00

B. Gély nous présentera les travaux qu’il coordonne depuis 2019 dans cette grotte classée Monument Historique le 19 juin 1947, qui fut occupée de la Préhistoire jusqu’aux guerres de religion.

 

La grotte d’Ebbou

Bernard Gély

B. Gély est archéologue, préhistorien, spécialiste des grottes ornées paléolithiques de l’Ardèche. Avant sa retraite administrative, il était ingénieur à la Direction Régionale des Affaires Culturelles à Lyon. Il a travaillé dans les grottes ornées d’Ebbou, des Deux-Ouvertures, et du Colombier, ainsi qu’à Baume-Latrone dans la vallée du Gardon. Il a ssuré l’expertise lors de leur découverte du gouffre d’Emilie, de la grotte Chauvet (conjointement avec Jean Clottes), ainsi que de la grotte de Coliboaia en Roumanie.

Il est aussi l’auteur de nombreuses publications et le responsable de chantiers de fouille concernant des dolmens ardéchois ainsi que des gisements paléontologiques karstiques ou de plein air.

Depuis 2018, il a repris  à la grotte d’Ebbou, les travaux engagés entre 1995 et 1999 par Philippe Novel. Ils doivent déboucher sur une publication monographique du site prévue vers 2029.

Bernard Gély se prépare à traverser l’Ardèche pour atteindre le porche de la grotte d’Ebbou.

La grotte d’Ebbou

Et la reconnaissance de l’art paléolithique

Rappel de l’histoire des découvertes

La découverte d’avant la découverte :

– Rouffignac (Dordogne). De Belleforest F. – Peintures mentionnées en 1575. (Re)découvertes en 1947 et 1956.

Les découvertes « hésitantes » :

– Niaux (Ariège). 1865. F. Garrigou s’interroge sur l’ancienneté des peintures mais n’arrive peut-être pas à se convaincre lui-même.

– Grotte d’Ebbou (Ardèche). J. Ollier de Marichard – Mentionnée vers 1873 ? Puis oubliée et (re ?)découverte en 1946.

La découverte récusée :

– Altamira (Espagne). 1879. M. Sanz de Sautuola. Il pliera mais ne rompra point sous les foudres des tenants de l’establishment dont leur maître de cérémonie : É. Cartailhac.

Les découvertes « secrètes » :

– Grotte Chabot (Gard). 1889. – L. Chiron – (Mentionnée en 1878)

– Grotte de Pair-non-Pair (Gironde). 1895. – F. Daleau

– Grotte de La Mouthe (Dordogne). 1895. – É. Rivière

Les découvertes :

À partir de 1896, elles s’enchaînent, et la volonté d’imposer l’ancienneté de l’art pariétal, initiée par F. Daleau et surtout par É. Rivière, regroupe rapidement la communauté scientifique toutes générations confondues.

La fin de l’anathème est sonnée en 1902 par É. Cartailhac, contraint et forcé car désormais isolé.

L’arrêté de classement au titre des Monuments Historiques

La grotte d’Ebbou

Le programme d’étude coordonné par Bernard Gély

Cette cavité est porteuse d’une riche histoire et d’un potentiel que les recherches engagées depuis 2019 permettent de mieux appréhender. Le travail d’étude et de relevés des figures, engagé il y a 25 ans par P. Novel, a été repris, assorti d’une approche globale de la cavité qui fut occupée à de nombreuses périodes jusqu’à la période des guerres de religions. L’équipe scientifique constituée autour de B. Gély comprend entre autres D. Cailhol, M. Diallo, A. Dubouloz, C. Durlet, C. Ferrier, D. Genty, H. Jacquemar, S. Konik, J.-C. Leblanc, N. Lemoine, P. Novel, M. Philippe, F. Prud’homme, C. Thouvenot, S. Vandevelde. Une des priorités de cette équipe est de replacer les œuvres préhistoriques dans leur contexte préhistorique. Pour cela différents chantiers sont menés dont l’étude des œuvres et des archives, des sondages archéologiques, une analyse de la géologie et du paléo-environnement. Ces approches cherchent à mieux comprendre les dimensions symboliques et archéologiques de ce site important du Paléolithique supérieur européen.

Relevés par P. Novel d’un cheval gravé sur une paroi de la grotte.

Fiche d’étude des incisions d’un cheval gravé.

Un exemple d’étude des parois de la grotte pratiquée par D. Cailhol.

Un autre objet d’étude : des résidus d’hydroxyapatite fossilisée témoignent d’une ancienne et intense présence de chauves-souris.

La grotte d’Ebbou

Petite histoire de la découverte

En 1873, J. Ollier de Marichard mentionne la grotte comme site archéologique, principalement pour ce qui concerne l’Âge du Bronze. D’après J. Jullien, A. Glory, et J. Combier, la présence de gravures serait notée dans ses carnets par J. Ollier de Marichard en 1870 et surtout 1873. Mais il n’est fait mention d’aucune proposition d’attribution chronoculturelle.

À l’été 1946, sous l’impulsion de J. Jullien qui s’appuie sur le signalement de J. Ollier de Marichard, A. Glory explore la grotte avec deux collaborateurs et ils (re)découvrent les dessins. Dans la foulée, des études et fouilles sont réalisées. Dans l’effervescence des jours suivant la découverte, les relations entre les deux protagonistes s’enveniment, chacun étant très jaloux de ses prérogatives : A. Glory se revendique de H. Breuil qui l’aurait mandaté pour étudier l’art préhistorique ardéchois ; J. Jullien, est l’archéologue patenté puisqu’il est correspondant du Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts depuis mars 1941. Cette querelle doit être replacée dans le cadre historique et administratif de l’immédiate Après-Guerre, sous le régime du Gouvernement provisoire de la République. Au paroxysme de la crise, tous deux en viendront aux huissiers pour savoir à qui devait revenir le titre d’inventeur des œuvres préhistoriques. À A. Glory qui se l’attribuait sans ambages ? Ou à J. Ollier de Marichard, comme l’affirmait J. Jullien ? Leurs échanges de courriers, parfois virulents, ont permis à l’équipe de B. Gély de reconstituer assez précisément le scénario de la découverte des gravures et des événements des jours suivants.

Quoiqu’il en soit « l’invention » des dessins, au sens de sortir du néant pour les offrir au monde, est le fait de A . Glory en 1946.

Quelques chercheurs ou amateurs travailleront ensuite sur le site :  S. Gagnière, C. Hugues, et E. Drouot font des relevés au début des années 1950, L. Chabredier y travaille à la fin des années 1960, J. Combier publie la notice dans l’Atlas des grottes ornées en 1984, …

De 1995 à 1999, P. Novel entreprend le relevé technologique des gravures. S’ensuit une longue pose. Depuis 2018, avec la participation de P. Novel, B. Gély a relancé un programme d’étude.

Et bientôt une superbe publication.

Article du 12 septembre 1946.

Relevés de E. Drouot datés de 1952 retrouvés par l’équipe de B. Gély à la Médiathèque du Patrimoine.

Photo de A. Glory travaillant dans la grotte d’Ebbou en 1946.

Première publication des travaux de A. Glory en 1947 dans La Nature. Noter que Glory se dit auteur des clichés alors qu’il est présent sur les photos.

La grotte d’Ebbou

Description de la grotte

Bien qu’on n’y accède qu’à partir du secteur amont, la grotte d’Ebbou est une longue galerie qui perfore la montagne de part en part. Elle recoupe un méandre de la rivière Ardèche pour ressortir un peu en aval. La galerie est globalement horizontale. Si le réseau karstique devait être large de 4 à 5 mètres, et haut d’au moins autant, il est désormais encombré de quantité de sédiments variés (limons, sables, concrétions, effondrements rocheux) qui font que la progression est contrainte par de fréquents passages bas et étroits. Il en était globalement de même lors des fréquentations paléolithiques comme en témoigne la présence de bauges d’ours des cavernes dans la zone ornée.

Vue de trois porches contigus en rive droite de l’Ardèche.

Le premier plan levé par A. Glory en 1946.

Le plan de A. Glory inversé pour permettre la comparaison avec le plan actuel.

Le plan actuel levé par D. Cailhol.

La grotte d’Ebbou

L’art pariétal

Dès 1946 A. Glory annonce 68 figures. L’équipe dirigée par B. Gély approche les 100 « entités graphiques ». Cette expression est utilisée depuis plus de 30 ans. Elle permet, à discrétion, de regrouper entre eux ou de dissocier des graphèmes (unité graphique liée à l’acte d’incision ou de dessin). 

J. Combier considérait que la décoration pariétale ne se rattachait pas au style III de Leroi-Gourhan ni à son style IV. Donc pas vraiment Solutréen ni vraiment Magdalénien. Les travaux dirigés par B. Gély apporteront peut-être quelques surprises sur ce point.

Un grand aurochs (0,84 m de long) dont les côtes sont peut-être représentées.

La silhouette dressée de ce petit bouquetin a environ 32 cm de hauteur totale.

Deux cercles incisés sur la paroi. Chacun a entre 5 et 10 cm de diamètres.

Sous éclairage rasant, trois petits animaux tournés vers la droite.

Anciennes photos datant de 1946.

Rédaction Y. Le Guillou

préhistoire-sud-ouest-batons

Vous n’êtes pas adhérent à l’association mais vous souhaitez tout de même recevoir un ou plusieurs de nos bulletins ?

Préhistoire du Sud-Ouest

Musée du Pech Merle

46330 – CABRERETS

prehistoiredusudouest@gmail.com

Suivez-nous !

L’association « Préhistoire du Sud-Ouest » est entièrement
indépendante de la Mairie de Cabrerets. Nous remercions la commune, ses
élus, et la direction du centre du Pech Merle de leur soutien sans
faille.