Un festival de films de Préhistoire au Pech Merle !!
Après les éditions de 2011, 2012, 2014 et 2024 : le festival est revenu en cette année 2026
Son nom
Du 2 au 4 octobre 2026, notre Sud-Ouest a accueilli le seul festival qui, en France et dans les pays limitrophes, soit exclusivement consacré à la Préhistoire. Le lieu : le Centre de Préhistoire du Pech Merle, à quelques mètres des « Chevaux ponctués ». Clémentine BRANDÉIS, Bertrand DEFOIS, et leur équipe nous ont offert une nouvelle aventure de cinéma.
24 films ont été projetés.
Non : hélas, nous n’avons toujours pas vu Raquel Welch. Mais nous avons constaté que, depuis 50 ans :
– les postures et tenues des femmes préhistoriques ont évolué au fil des vents dominants ;
– les postures et tenues des hommes préhistoriques n’ont pas vraiment bougé.
LA SÉLECTION – LE JURY – LES PRIX
24 films avaient été retenus. D’autres n’avaient pas pu l’être car le temps de projection était limité par la durée du festival. Il avait donc fallu faire des choix.
On été surtout écartées des productions dont le corps n’était pas suffisamment centré sur la Préhistoire. Ont surtout été concernés des cas où l’ethnographique l’emportait sur le préhistorique, et d’autres où l’art contemporain l’emportait sur l’art préhistorique.
——————-
Le jury était constitué de deux préhistoriens (F. Bon et B. Marquebielle), d’une médiatrice (M. Cuenet), et de deux cinéastes (P. Magontier et E. Baus, lauréate en 2024 du Grand Prix du Jury). Comparé au jury de 2024, cette ouverture vers des gens du cinéma est à saluer.
La distribution des prix : les organisateurs du festival, les représentants des lauréats, et les membres du jury.
LES PRIX
Grand prix du jury : Sahara vert, l’énigme du paradis perdu – Saleha Gherdane.
Prix de la médiation scientifique : Le mystère des cerf-volants du désert – Nathalie Laville.
Prix de l’approche originale : Un grand terrain de nulle part – Stephane Kowalczyk.
Mention spéciale Qualité du contenu scientifique : Dans la peau des premiers paysans français – Stephane Jacques.
Mention spéciale 1er film : De Pierre et d’Os – Olivier Besse.
En 2024, nous avions attribué 2 prix supplémentaires :
– Le « Prix du ? » à Vertige, une réalisation de Léon François.
– Le « Prix de l’émotion » à Maryse David pour sa prestation dans « Pech Merle, un siècle d’histoire » produit par Jacques Tournebize.
Et en 2026 …
Le « Prix du ? » sera cette année attribué à Paléonirique, réalisé par Stephane Kowalczyk.
C’est un cauchemar intemporel.
Il ne l’est pas que dans le sujet qu’il traite et dans les métaphores qu’il maltraite. Il l’est aussi dans la construction des images, dans le son.
S’il y avait eu un « Prix de la bonne humeur«
Il aurait été attribué à Cro, un film associatif.
Les lauréats de notre prix de la bonne humeur.
Nous avons vu
Dans la peau des premiers paysans français
Mention spéciale Qualité du contenu scientifique
Film de Stephane Jacques.90 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Ce film nous entraîne sur les traces de nos premiers ancêtres agriculteurs. Il y a 7 500 ans, venus du Proche Orient, les pionniers de l’agriculture ont franchi mers et montagnes et initié une révolution : l’élevage et la culture des plantes. Ils ont fondé les premiers villages et mis fin à la préhistoire. Grâce aux avancées de la paléogénétique, de l’archéologie et à des reconstitutions innovantes, le film redonne vie à ces pionniers longtemps oubliés. Qui étaient-ils ? Comment s’est passée leur rencontre avec les chasseurs-cueilleurs présents depuis des millénaires ? Amenant animaux, semences et savoirs inédits, les premiers paysans ont transmis bien plus que des techniques : un mode de vie qui est encore le nôtre. Entre enquête scientifique et récit incarné, ce documentaire raconte le préquel de notre monde. Une épopée méconnue qui change notre regard sur les origines de notre société.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
On va probablement nous parler du Néolithique. Même si l’utilisation du terme « français » peut interroger. À moins qu’on ne nous parle de l’agriculture dans les royaumes Francs, vers le 4ème siècle, lors du règne de Clovis.
Stéphane Jacques est un réalisateur de films documentaires destinés à la télévision, aux thèmes naturalistes ou historiques (Paris, le mystère du palais disparu ; Le trésor caché du Moyen-Âge)
Un gap pédagogique sur le temps
On le retrouve dans bien des films lors du présent festival et dans bien d’autres films documentaires ou de fiction, ainsi que parfois dans des discours de préhistoriens.
Dans le cas présent de la « conquête néolithique de la France » comme dans bien d’autres tel le contact entre Sapiens et Neandertal, on transpose des prises de contact et échanges culturels qui s’échelonnent sur des décennies ou des siècles, et impliquent de nombreuses personnes, dans la brutalité imagée d’une rencontre individuelle ou dans une conquête culturelle raccourcie à l’échelle d’une rencontre de 2 personnes.
Cela simplifie, cela caricature, cela dénature.
Une maison néolithique.
Le face à face entre les populations néolithiques, plutôt blanches de peau, arrivant du Moyen Orient avec leurs troupeaux, leur blé, et leurs haches de pierre polie, et les populations autochtones mésolithiques, plutôt basanées de peau, armées de leurs arcs de chasseurs, et camouflées dans leurs forêts.
Un message idéologique bien sûr, qui présente la variété historique des métissages.
Ce film aurait aussi mérité le prix de la qualité des effets spéciaux et de leur adaptation au sujet traité.
La gestion en « flous partiels » des figurants préhistoriques produit une image de l’Homme préhistorique moins irrecevable que bien d’autres.
Un plus pour ces images d’étincelles, ces poussières d’étoiles qui diffusent l’expansion des idées et des hommes sur des fonds cartographiques ou photographiques.
Le synopsis est soigné, très élaboré. Malgré la durée de 90 mn, cette construction, jointe à la multiplicité des informations, et à l’absence de « longueurs » permet d’éviter l’ennui.
Et l’hypothèse d’une dynamique de peuplement positive : enfin, un préhistorien (T. Perrin) qui propose comme moteur du diffusionnisme la « curiosité » des hommes qui veulent savoir ce qui se passe au-delà de l’horizon, et se déplacent et envahissent la planète pour autre chose qu’uniquement fuir, manger, et s’adapter au « changement climatique ».
On a parfois de la rigueur scientifique dans ce film.
Mais aussi des interprétations ou analyses et peu légères comme « massacres réalisés lors de fêtes de la victoire. » Ou des hypothèses un peu « hors sol » comme l’invasion néolithique de la « France » par la voie des rivières, avec des radeaux faits de roseaux et branchages .
Même si la recherche du Buzz, comme lors de la petite séquence sur le cannibalisme, prend parfois trop le pas, il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce film, peut-être sous-primé ou mal-primé.
Construire une pirogue au Néolithique
Film de Jacky Meslin.41 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Ce documentaire immersif plonge le spectateur au cœur d’une expérimentation archéologique visant à reconstituer les techniques et les gestes de nos ancêtres. Premier volet d’une série de documentaires sur la reconstitution d’embarcations préhistoriques de différents types, le film suit pas à pas pendant une année, la construction d’une pirogue monoxyle en chêne de 9 mètres de long. Ce chantier a été intégralement mené par une équipe d’archéologues, d’artisans, de passionnés d’histoire, à la seule force de bras munis de fac-similés d’outils préhistoriques. Le film retrace toute la chaîne opératoire, depuis l’abattage de l’arbre à la hache en pierre, le creusement de l’embarcation jusqu’aux premiers essais de navigation. Au fil des étapes de construction, on découvre les défis techniques et humains nécessaires pour façonner, il y a 6 000 ans, un bateau dans un arbre de 33 m de hauteur. Ce chantier hors-norme est l’occasion de pénétrer dans l’intimité de phases intenses de travail d’équipe et de réflexions des archéologues. Ce film interroge une histoire humaine et technique qui a conduit à la mise en place de réseaux commerciaux et migratoires très anciens.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Un sujet qui peut être passionnant, qui sera forcément technique, mais peut-être aussi humain si on s’intéresse à la sueur des artisans et à leur place dans la société
Jacky Meslin, auteur et vidéaste à orientation patrimoniale, s’est surtout investi en Bretagne.
L’histoire d’une bande de copains qui prennent plaisir à se construire une pirogue dans un arbre et à l’utiliser ensuite aurait pu être super. Mais peut-être avec des images d’amitiés, de joies, de festivités, …
Les données scientifiques et le suivi archéologique sont trop survolés. Au point que le lien avec la Préhistoire n’est pas flagrant. Rien n’argumente le terme « Néolithique » indiqué dans le titre.
Le film pèche par de grandes longueurs, tant pour le temps d’abattage de l’arbre que pour celui de son creusement. Il y a d’autres moyens cinématographiques de montrer la longueur du temps que de compter les minutes. L’annonce du temps de travail : 52 jours : seul un nombre de heures/homme aurait eu un sens transmissible à celui qui n’a pas participé.
Gavrinis, un monde dans un autre
Film de Ismahein Marzougui. 30 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Le cairn de Gavrinis surnommé « la Chapelle Sixtine du néolithique » est un véritable joyau de l’art pariétal néolithique armoricain. Érigé entre -4200 et -4000, le cairn a pourtant été condamné très rapidement. Depuis sa redécouverte par Prosper Mérimée, l’art présent sur les parois de Gavrinis ne cessera de fasciner I esprits. Après plus de 10 ans de recherches, Serge Cassen et Valentin Grimaud, armés des toutes dernières techniques modernes, sont en mesure de proposer une nouvelle grille de lecture quant à ces signaux venus d’un autre temps. Autre élément notable : la présence d’un très grand nombre de représentations de lames de haches polies est une énigme qui tend à nous plonger au cœur d’un univers maritime.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Le titre est attirant, ouvrant bien des portes d’ordres très divers.
La participation de Serge Cassen est un notable plus scientifique et poétique.
On croise les doigts pour que les images soient à la hauteur de ces espoirs.
Ismahein Marzougui nous avait très agréablement surpris, il y a 2 ans, dans un court film (Le tumulus du Mané Lud) où la fraicheur de l’actrice-réalisatrice avait compensé les faiblesses techniques et cinématographiques.
Reprise de l’annonce du film.
Difficile de parler de ce film sans revenir à celui présenté en 2024.
La franchise et la sincérité d’I. Marzougui sont toujours présentes.
Les outils, la technique, le schéma du synopsis ont évolué, se sont enrichis. Un drone entre en action pour des vues zénithales du monument. Textes et dessins explicatifs sont mis à contribution.
I. Marzougui a conservé le principe de son monologue. Pas d’interviews.
Les éclairages sont mieux travaillés ; il en est de même des mises au point sur les incisions gravées.
Mais la spontanéité, qui faisait une richesse de l’œuvre, s’en est étiolée.
Actrice, I. Marzougui récite ses textes. L’expression de son émotion a cédé la place à la transmission d’un savoir, sérieux au demeurant.
Le récit en devient plus technique, moins poétique.
Le mystère Balchiria
Film de Marc Azéma. 52 mn.
Reprise de l’annonce du film.
3000 ans avant Filitosa et Stonehenge… un être mystérieux aux sources du mégalithisme ! Du jamais vu dans la Préhistoire ! Quelle est cette entité issue de notre lointain passé ? Une divinité ou un démon ? Un guerrier ou un sorcier ? Cette figure orne une stèle surgie de terre il y a peu, dans le sud de la Corse, à Balchiria. Cette découverte exceptionnelle renouvelle nos connaissances sur la Préhistoire de la Corse. C’est la plus ancienne représentation artistique de l’île, sculptée il y a plus de 7000 ans, au temps des menhirs de Carnac en Bretagne et 3000 ans avant les statues-menhirs de Filitosa ! Mais quelle était sa fonction ? Que nous raconte-telle des pratiques des premiers peuples préhistoriques de Corse ? Cette enquête archéologique nous conduit des fouilles de Balchiria au British Museum en Angleterre et aux quatre coins de la Méditerranée. Grâce aux images de synthèse 3D, nous allons à la rencontre des néolithiques de Corse et assister à la réalisation de cette stèle…
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Sur les traces d’une découverte archéologique majeure en Corse : une stèle sculptée il y a plus de 7000 ans !
Marc Azéma
L’étonnante stèle de Balchiria, au sud de la Corse.
Marc Azéma est à la fois Cinéaste et Préhistorien. L’un plus que l’autre ? Il est l’auteur d’une thèse sur la Préhistoire du cinéma. Réalisateur de dizaines de documentaires, surtout centrés sur l’archéologie, il semble s’éloigner de ce thème pour tenter de plus en plus de raconter des personnes. Il est aussi le fondateur des Journées Archéologiques de la Narbonnaise, une manifestation annuelle qui inclut un festival de cinéma.
Un film au schéma classique : question -> explication.
Une présentation large de l’environnement du site de Balchiria qui peut donner envie de visiter la région.
Une tendance à des scènes « re-constituées. » Des démonstrations parfois trop techno-pédagogiques où le travail paraît un peu revisité pour le public. Il en va ainsi de scènes trop artificielles, comme l’accueil à l’entrée du musée en Sardaigne. (Musée qui parait passionnant.)
La dernière partie, sur la recherche des similitudes, tend vers un inventaire à la Prévert dans laquelle l’œuvre préhistorique (la stèle ornée néolithique) serait un patchwork de sources provenant des quatre points cardinaux. Il serait étonnant que ce type de conclusion comparative représente celle des chercheurs.
Chauvet, voyage aux origines
Film de Guy Padovani. 90 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Au cœur des gorges de l’Ardèche, Chauvet est l’une des plus belles grottes ornées découvertes à ce jour. Elle a été façonnée par les mouvements de la terre, envahie par les eaux, occupée par les animaux et les hommes qui ont recouvert ses parois de dessins d’une beauté exceptionnelle. Dès sa découverte en 1994, la grotte est interdite au public. Les rares scientifiques qui peuvent y entrer pour l’étudier, quelques jours par an, travaillent avec passion sur son histoire et sur les mystères qu’elle recèle encore. Ce documentaire retrace cette aventure unique qui anime depuis trente ans paléontologues, géoarchéologues et préhistoriens. Pour la première fois, d’importants moyens de tournage déployés à l’intérieur de la cavité permettent de révéler ce patrimoine exceptionnel, un témoignage précieux pour notre mémoire collective. Mais, aujourd’hui, la grotte Chauvet fait face aux menaces du réchauffement climatique. Sous haute surveillance, sa protection est un enjeu crucial, pour que ce trésor mondial se transmette à nouveau, intact, aux hommes qui viendront après nous.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Qu’en sera-t-il de ce nouveau film sur la grotte Chauvet ? Quel en sera le sujet ? L’esprit ?
Le terme « origines » interroge.
Il peut être alléchant, et commercial, de prétendre montrer la ou les sources des choses … nos sources. La grotte Chauvet n’est pas dans l’origine de l’Homme. Pas plus qu’à l’origine de l’Art … sauf à dire et à démontrer que : « À l’origine, l’art était à son apogée. »
Guy Padovani est réalisateur de films documentaires pour la télévision.
Mains et mains
Dans la grotte : normes vestimentaires annoncées … et plus ou moins respectées au cours du film.
Vous voyez … c’est un mâle.
Une starlette aurignacienne.
Énormément de matière. beaucoup de choses intéressantes. Un peu trop inventaire à la Prévert de ce qui peut se dire sur et autour de la grotte Chauvet. La recherche et l’acquisition des savoirs sont présentés de temps en temps, focalisés sur quelques thèmes sélectionnés (comme les feux dans la grotte). Ils sont simplifiés, résumés, pas envahissants. Bravo pour les modélisations de la formation des calcaires puis de la formation de la grotte ; c’est bien fait. C’est conforme aux connaissances actuelles de la science. C’est agréable à regarder.
De l’interprétation de l’art paléolithique
On nous explique que les peintures auraient servi à raconter des histoires. Des aventures personnelles, vécues ou à vivre. Ou des mythes peut-être nous dit-on. Il manque un élément qui caractérise le mythe : la répétition, d’un grotte à l’autre, de la même scène.
On revient un peu vers la lecture qu’on en faisait au 19ème siècle. Un retour vers le passé ? Un retour simplificateur, simpliste même.
On dit qu’il y a une scène uniquement parce qu’il y a, dessiné sur la paroi, suffisamment de matière pour arriver à voir quelque chose de naturaliste sans disposer de grille de lecture paléolithique. Pourquoi pas. Et que fais-t-on des figures (l’immense majorité) qu’on n’inclut pas dans la scène, comme si elles n’existaient pas ?
On est presque revenus à un niveau de lecture demandé à des élèves d’école primaire. « Je vois un lion qui chasse un bison. » Ils avaient l’air simplistes les artistes de la grotte Chauvet ?
Conservation des peintures préhistoriques
Le réchauffement de la planète
On a entendu : « la grande préoccupation aujourd’hui c’est évidemment les questions liées au changement climatique. » Oui, cela fait plus de 10 ans qu’on a identifié dans les grottes le réchauffement climatique actuel.
———————
Danger pour les peintures … probablement.
Mais on ne sait pas le quantifier – On n’est pas certain de bien le qualifier. Et quoi qu’il en soit … qu’y faire ?
———————
Mais Danger.
Danger que le réchauffement climatique ait bon dos. Danger qu’il soit le « buzz » qui cache la forêt.
Danger qu’on en profite pour baisser la garde face aux menaces assez bien identifiées, sur lesquelles on saurait et pourrait intervenir : la fréquentation des grottes ornées, leurs aménagements et ceux de leur proche environnement.
Une lourde concurrence pour ce film. L’essai est globalement réussi. Il n’a pas le côté hors sol de La grotte des rêves perdus et du Dernier passage. C’est un documentaire scientifique. L’émotion n’en est pas pour autant absente ; pas dans la construction du film ou dans les images, mais par le biais des discours des intervenants. Même si on ne s’attarde peut-être pas assez sur les peintures de la grotte, le film mérite d’être regardé.
Werner Herzog
J.-M. Geneste et P. Magontier
Les pattes du Bison
Film de Maarten Peels. 18 mn.
Reprise de l’annonce du film.
L’histoire tourne autour de la création d’une peinture rupestre : deux chasseurs-cueilleurs partent en quête d’un rêve pour créer une peinture dans une grotte. Ils partent à la recherche d’un troupeau de bisons, dessinent ce qu’ils observent, puis ramènent leur croquis dans une grotte. Là, ils réalisent une peinture et donnent vie à leur dessin grâce aux ombres projetées par leur feu.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Tout est possible. Des représentations de pattes de bison, en ronde-bosse, nombreuses au magdalénien, et parfois magnifiques. Une étude des bisons préhistoriques. Ou s’agit-il d’archéologie expérimentale présentant le travail de boucherie sur une patte de bison. On peut aussi être en présence d’un court-métrage de fiction, racontant une aventure préhistorique imaginaire construite autour de pattes de bison.
Maarten Peels est un réalisateur passionné de préhistoire, qui s’est déjà confronté à Ötzi, l’homme des glaces des Alpes.
Une fiction à deux acteurs. Deux personnages qui dans leurs attitudes, leurs échanges vocaux, pourraient être deux copains d’aujourd’hui. Très lissés, très saccadés dans leurs mouvements, les personnages n’ont aucune crédibilité préhistorique.
Mais c’est peut-être sans importance.
On raconte une petite histoire, un peu poétique, originale, qu’on transpose dans des vêtements et un environnement paléolithiques. Mais cette histoire n’est pas paléolithique
Comparaison ?
On retrouve cette incompatibilité avec la réalité paléolithique ou du moins avec ce qu’on en imagine, dans le film muet, The flying elephants, avec Laurel et Hardy qui nous avait été présenté hors concours en 2024.
Paléonirique
Film de Stéphane Kowalczyk. 9 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Film expérimental tiré du film « Handa et Woopa » de Stéphane Kowalczyk et Florent Rivère avec Florent Rivère. Musique originale de Thierry Gomar.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Rêves de qui ? Expérimentations de quel ordre ? À voir pour savoir.
Stephane Kowalczyk est un réalisateur indépendant. Il alterne entre productions documentaires classiques, et longs métrages de fiction tels « Du bleu au-dessus des toits, » « 1 rue du Caussanel, » et surtout « Capreolus, » œuvre originale et plein de poésie, qui aurait mérité une certaine notoriété, mais a certainement pêché par la faiblesse de certains acteurs.
L’auteur a-t-il conscience du potentiel de son film ?
Que le jeu de juxtaposition de couleurs monochromes sans cesse dansantes est un outil permettant de générer des angoisses intemporelles ?
Que le thème « Je pars pour une rencontre agréable, voire conquérante ; j’en fais une autre, terrorisante ; et je finis en tombant dans le vide » n’est pas anodin. L’histoire contée est à peu près compréhensible et assez intemporelle.
À voir seul, chez soi, le soir, avant d’aller se coucher, pour s’apercevoir, le lendemain matin, qu’on a là un film qui marque.
Quand au titre, sans savoir si S. Kowalczyk est le créateur de cet intéressant néologisme, il mérite d’être promis à un bel avenir.
Rupestres
Film de Marc Azéma. 90 mn.
Reprise de l’annonce du film.
En septembre 2022, sept dessinateurs et une dessinatrice de bande dessinée sont conviés à une expérience unique au monde. Pendant 10 jours, ils vont quitter leur table à dessin et se retrouver dans la peau des artistes de la préhistoire. Ensemble, ils vont donner libre cours à leur imagination dans une petite grotte transformée en champignonnière, située au coeur du Parc Naturel Régional des Causses du Quercy dans le département du Lot. Ils vont s’exprimer en utilisant les techniques et les gestes de leurs ancêtres paléolithiques qui ont orné la grotte du Pech Merle tout près de là. Cette expérience d’art pariétal contemporaine va questionner les origines de l’art et s’avérer riche d’enseignements et de surprises… Avec Pascal Rabaté, Troubs, David Prudhomme, Etienne Davodeau, Edmond Baudoin, Emmanuel Guibert et Chloé Cruchaudet.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Ici, des auteurs de bandes dessinées reconnus s’essaient aux parois d’une grotte : Edmond Baudoin, Chloé Cruchaudet, Emmanuel Guibert, David Prudhomme, Pascal Rabaté, Troubs, et Étienne Davodeau, auteur de l’affiche du présent festival.
On peut s’étonner que ce film, assez périphérique à la Préhistoire, n’ait pas été présenté « hors concours, » en ouverture ou clôture du festival.
Marc Azéma est à la fois Cinéaste et Préhistorien. L’un plus que l’autre ? Il est l’auteur d’une thèse sur la Préhistoire du cinéma. Réalisateur de dizaines de documentaires, surtout centrés sur l’archéologie, il semble s’éloigner de ce thème pour tenter de plus en plus de raconter des personnes. Il est aussi le fondateur des Journées Archéologiques de la Narbonnaise, une manifestation annuelle qui inclut un festival de cinéma.
Graffiter dans une grotte ?
Oui, ils ont maculé de leur empreinte les parois minérales. D’autres l’avaient fait avant. Ils l’ont prise dans l’état où ils l’ont trouvée. Ils l’ont transformée. Ils se la sont appropriée.
Et tout cela en faisant ce qui est dit qu’il ne faut pas faire dans une grotte.
Dit par qui ? Dit pour quoi ? Que doit-on interdire ? Souvent on pose et supprime des interdits en fonction du vent d’une morale dominante, présentement celle de la conservation patrimoniale.
Quoi qu’il en soit, ils ont été autorisés.
Un film périphérique à la Préhistoire qui n’y est pas vraiment abordée. C’est un beau film, ou du moins un film porteur de « beau ».
Les acteurs sont filmés en train de penser, discuter, préparer leur œuvre. Des acteurs qui au jour le jour construisent leur texte, construisent le scénario, apprivoisent leur environnement, l’espace contraint, et en font le décor.
Comme bien des auteurs de BD, les acteurs libres de construire leur rôle ont eu tendance à remplir l’espace qui leur était attribué. C’est peu le cas au paléolithique, sauf peut-être à Lascaux.
Cette création polycéphale n’a pas été construite en amont. Quand ils quittent le lieu : la scène est prête à être utilisée. Mais rien n’y est prévu. Qu’en était-il au Paléolithique ?
Hormis un acteur, le seul peut-être ayant consciencieusement construit son rôle à l’aide de feuillages, tous les autres semblent avoir bâti leur occupation du lieu autour de thèmes anthropomorphes, ce qui n’est pas le cas de l’art paléolithique européen.
« On est un géant qui caresse la surface d’une planète » dit un des acteurs. L’aspect destruction, presque « viol » des parois travaille les acteurs. Cette violence perçue en détruisant la paroi est liée aux idéologies régnantes … exclusivement ? Dans le cadre présent, les actes créateurs sont aussi vécus comme destructeurs. Les artistes paléolithiques se sont-ils perçus comme des vandales ?
Un film qui ouvre sur beaucoup de sujets. Mais bien peu concernent le préhistorien.
La scène presque finale, paraît presque hors sujet quand le modeleur de la grotte en sort et redevient le tagueur urbain, celui du : « Hé ! Regardez-moi ! J’existe ». Là, on n’est plus du tout chez l’Homme paléolithique, qui avait d’autres besoins et d’autres outils de reconnaissance sociale.
Primitif
Film de Bruno H. Wagiel. 18 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Il y a environ 10 000 ans, la tribu des Gbewa migre pour survivre aux changements climatiques. K’BOA, chamane guidée par les esprits, et NAHAR, un chasseur sceptique nouent une relation complexe, teinté d’affection et de défiance. Quand NAHAR remet en question les croyances de K’BOA, une apparition mystérieuse lui offre un vœu, le confrontant à un dilemme qui pourrait bouleverser leur lien fragile.
Bruno Wagiel.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
L’usage du terme « Primitif » est délicat. Trop utilisé par des idéologies militantes de tous bords, soit pour l’adouber, soit pour le récuser. Et l’absence d’un point d’interrogation interroge.
Mais ces réserves ne présagent en rien de la qualité du film.
Bruno Wagiel est « Réalisateur ; Comédien ; Silhouette ; Figurant ; Voix off ; Assistant Technique ; Assistant Régie ; Assistant Production ; Assistant Réalisation. »
Primitf … un terme fourre-tout ou plein de vide ?
Un des acteurs, présent au festival, a indiqué combien il était difficile de jouer des personnages auxquels on ne sait pas s’identifier parce qu’on ne connait rien d’eux.
Remarque à prendre en compte pour d’autres films de fiction, tout comme pour les personnages insérés dans certains documentaires.
C’est un court film de fiction avec acteurs, se déroulant au Paléolithique . Une histoire sociophilosophique.
L’histoire est simple, pas sans intérêt, et présente un petit côté intemporel.
L’histoire a sa place dans le polyptique mythe/religion/nature/esprits/etc.
Les éclairages et les images sont bien travaillés. Il en est de même des ombres et des flous.
Une langue, le gbewa:kpu, a été inventée pour les besoins du film. Ni cris, ni onomatopées. On pourrait presque demander un sous-titrage. Mais on s’en passe, tant la langue, les intonations, et le film sont conçus pour que le sens des discours et sa transmission soit possible sans comprendre un seul mot.
Petite histoire des fouilles de la grotte Gatzarria
Film de Stéphane Kowalczyk. 16 mn.
Reprise de l’annonce du film.
L’archéologue, Lars Anderson, présente le site de fouille qui se trouve dans la grotte Gatzarria, située dans le massif des Arbailles au Pays Basque, dans un contexte géologique du Crétacé inférieur. La grotte est étudiée depuis les années 1950, d’abord par Georges Laplace, qui a introduit une méthode rigoureuse de fouilles cartésiennes. Malgré des divergences méthodologiques avec d’autres archéologues comme François Bordes, Laplace a fouillé intensivement jusqu’en 1976, s’intéressant notamment à la transition entre le Paléolithique moyen et supérieur.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Documentaire sur des fouilles en cours où documentaire historiographique ?
Stephane Kowalczyk est un réalisateur indépendant. Il alterne entre productions documentaires classiques, et longs métrages de fiction tels « Du bleu au-dessus des toits, » « 1 rue du Caussanel, » et surtout « Capreolus, » œuvre originale et plein de poésie, qui aurait mérité une certaine notoriété, mais a certainement pêché par la faiblesse de certains acteurs.
À qui est destiné ce documentaire ? Un complément d’archivage scientifique ? Utile à qui ?
On passe quelques heures sur un chantier de fouille. On a quelques images de joie de fouilleurs, du plaisir de fouiller. Un petit instant de réflexion apparait lors d’une interrogation sur les risques de soumission des données enregistrées aux aléas de fonctionnement / dysfonctionnement des machines.
La problématique du film paraît assez légère.
Cro
Film associatif Les Cromignon-es. 15 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Des sapiens nomades cheminent. Des randonneurs modernes marchent. Un papier aluminium s’envole. Quelles sont leurs quêtes ? Une nature immense. Un plafond de roche. Un sentier balisé. Un ciel étoilé. Que laisseront-ils de leurs passages ? Des animaux virevoltent sur les parois de la grotte. Un chien s’échappe. Un savant surgit. Et d’où sort ce cri ? De la caverne originelle ? Tous se retrouvent dans la salle sanctuaire du cinéma de Pech Merle où la petite Cro crève l’écran de son sourire chargé d’humanité.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
? – Tous les espoirs sont permis.
?
Un film d’amateurs, réalisé par une bande de copains et on ne le regrette pas.
Une quasi-rencontre, lors d’une balade du dimanche, entre une bande de copains d’aujourd’hui, et la même bande de copains du Paléolithique. Les premiers en couleur, et les seconds en noir et blanc, déambulent en parallèle sans vraiment réussir à ce croiser. Seuls le museau d’un caniche à clochette, et l’œil d’une enfant, réussissent, un instant durant, à percer la membrane qui sépare les deux mêmes groupes de ces temps si différents.
Sulawesi, l’île des premières images
Film de Denis Van Waeregeke et Pascal Goblot. 55 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Nous savons depuis quelque temps que la naissance de notre espèce, Homo sapiens, remonte à plus de 300 000 ans et qu’elle a eu lieu en Afrique. Depuis les découvertes des grottes de Lascaux (18000 ans), puis de Chauvet (-36000), on pensait que le moment clé de notre évolution culturelle avait eu lieu en Europe il y a environ 40 000 ans. Or, en 2019, une découverte extraordinaire a radicalement remis en cause cette hypothèse. Elle a eu lieu en Indonésie, sur l’île de Sulawesi. Grâce à une technique nouvelle, l’image d’un sanglier, que l’on pensait vieille de quelques milliers d’années, a été datée à 45 000 ans au minimum. Cette date a fait la Une des plus grandes revues scientifiques : non seulement elle changeait l’histoire des origines de l’art, mais elle transformait aussi notre manière de comprendre l’histoire évolutive de Sapiens. Depuis, on découvre chaque année des dizaines de grottes ornées de peintures sur l’île de Sulawesi. Nous suivons les archéologues Maxime Aubert et Adhi Agus Oktaviana dans la campagne qu’ils mènent à travers l’île pour répertorier et pour dater cette formidable moisson d’images anciennes.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
« Premières » ! Halte à la concurrence. On sent là le titre fait pour plaire aux chaînes de télévision, ou imposé par elles. Espérons que cette référence à une pseudo concurrence Europe / Indonésie soit absente du film.
Denis Van Waerebeke et Pascal Goblot sont réalisateurs de films documentaires destinés à la télévision. Pascal Goblot était déjà présent il y a 2 ans et nous avait présenté un film sur le même thème.
Les datations par l’uranium/thorium
Lors des discussions, on a vu le retour des interrogations sur la fiabilité des datation obtenues sur les calcites avec le procédé de l’uranium/thorium. Il s’agit des calcites qui recouvrent les peintures.
Il y a 10 ans, quand on a commencé à pouvoir dater de très petits volumes de calcite, on est partis un peu dans tous les sens, avec l’attribution à l’homme de Neandertal de peintures de grottes espagnoles, puis avec les datations de la grotte ornée des Merveilles (Lot, France) qui n’ont jamais été publiées tellement elles étaient irrecevables.
Ce n’est pas la méthode qui était en cause. C’étaient les modes de prélèvement et la validation des échantillons. On datait bien … mais on ne savait pas ce qu’on datait.
Le film montre qu’aujourd’hui, le mode de prélèvement (micro-carottes) et le mode d’analyse, avec un travail préalable sur la « carte géochimique » de l’échantillon, ont nettement progressé.
Est-ce suffisant pour lever les interrogations ?
Dès l’introduction on pose la mauvaise question du lieu « d’émergence de la culture. »
Plus loin, on voit même un concours d’ancienneté ouvert entre l’Est et l’Ouest de l’île de Sulawesi.
Des chercheurs australiens travaillent les liens entre l’Indonésie et l’Australie, ils comparent l’art rupestre, tente de comprendre les circulations humaines entre ces îles, et tentent de les dater.
Mais à nouveau on entrevoit que le film tente d’ouvrir un nouveau front afin que l’art rupestre australien soit déclaré plus ancien que celui de l’Europe.
Triste Buzz.
Trop d’interviews trop préparées. Trop de séquences hors sujet qui semblent là pour remplir des vides.
Un point sérieux : la méthode de datation. Elle est rigoureusement présentée.
Un final étonnant, avec, sortie au hasard d’un chapeau, une mauvaise question étonnamment formulée: « Pour quelles raisons l’Homme utilise-t-il l’art ?«
Les secrets des fresques d’Amazonie
Film de Juan José Lozano. 35 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Au sud-est de la Colombie, dans le Parc national de Chiribiquete, la forêt amazonienne recèle un trésor archéologique que les scientifiques commencent à peine à étudier. D’énigmatiques peintures rupestres se déploient sur des centaines de mètres carrés de parois rocheuses, tenues à l’abri des regards pendant des décennies. Pour les chercheurs colombiens, le temps est enfin venu de s’approprier cette mémoire peinte ou gravée à même la pierre, pour mieux conter l’histoire des peuples amazoniens qui vivaient ici.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Film d’archéologie ? Film sur l’art ? Ou film d’ethnographie contemporaine sur ceux qui aujourd’hui vivent autour de ces fresques ?
Juan José Lozano est un réalisateur de renommée internationale, multi-récompensé pour des films documentaires, des docu-fictions, et des films d’animation. Par ces biais, il a touché aux sujets brûlants de Colombie.
J. J. Lozano.
De magnifiques images. Tant de la forêt amazonienne que des falaises et des œuvres peintes. Un très beau livre.
Une introduction faite de vidéos d’archives réalisées il y a 50 ans.
Documentaire classique. Peu d’aspects méthodologiques.
Très peu de Préhistoire hors quelques éléments argumentés et cartographiés concernant le peuplement du continent américain.
Le lien avec les populations locales n’est pas vraiment abordé.
Le film n’est pas polémiste, et apparemment pas politique.
J.-J. Lozano fait un clin d’œil à Niède Guidon
Une grande dame du Brésil qui affronta maffias et machismes et à qui la conservation de l’art rupestre d’Amazonie doit beaucoup.
Les magdaléniens de retour au musée de Solutré
Film de Yvan Frohberg. 8 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Entre 2015 et 2016, une fouille menée par l’Inrap au cœur du village de Solutré (Saône-et-Loire) a mis au jour des dizaines de milliers de vestiges attestant d’une occupation par des chasseurs du Magdalénien moyen, il y a entre 19 000 et 16 000 ans. Aujourd’hui, cet ensemble exceptionnel rejoint le Musée de préhistoire de Solutré.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Y trouvera-t-on cette étincelle qui fait qu’on a envie d’aller à Solutré ?
Ivan Frohberg est un réalisateur de films presque débutant.
Une petite fouille de sauvetage a eu lieu à proximité de la roche de Solutré.
Le matériel est intégré aux collections du musée de Solutré.
Le résultat d’une fouille est un peu trop restreint au seul décompte du nombre de beaux objets trouvés.
La roche de Solutré.
Un grand terrain de nulle part
Prix de l’approche originale
Film de Stephane Kowalczyk. 45 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Enfoui sous des couches de sédiments depuis plus de 35 000 ans, le campement de chasseurs aurignaciens refait surface sur le site de Régismont-le-Haut, grâce au travail minutieux de l’équipe d’archéologues dirigée par François Bon et Romain Mensan.
Un avis de tiers.
« Une vraie immersion sur le terrain, le temps d’une campagne de fouille ! Le film prend le parti de se concentrer sur l’ambiance, la logistique, les à-côtés de la fouille et n’hésite pas à tenter des plans originaux (la caméra embarquée dans le caddie de supermarché, le plan final sur la chanson « Comme un lego » de Bashung). Certes, le côté scientifique ne constitue pas le centre du propos, même si les problématiques de fouille et l’histoire du site sont bien expliquées. Mais le propos n’est (principalement) pas là. Le film projette littéralement le spectateur sur le terrain, dans la réalité d’une opération de fouille programmée, loin de l’image stéréotypée des archéologues chercheurs de trésor à la « Indiana Jones ». Bref, un coté ovni, immersif, rythmé et drôle. »
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
! Même rêver ce titre est assez complexe sans avoir vu l’ouvrage ou en connaître la texture. On peut rêver de belles images. On a envie de voir … au moins ce qu’il en est. Danger : les chutes sont souvent de la hauteur des espoirs.
Stephane Kowalczyk est un réalisateur indépendant. Il alterne entre productions documentaires classiques, et longs métrages de fiction tels « Du bleu au-dessus des toits, » « 1 rue du Caussanel, » et surtout « Capreolus, » œuvre originale et pleine de poésie, qui aurait mérité une certaine notoriété, mais a certainement pêché par la faiblesse de certains acteurs.
À quoi sert ce film ? Mauvaise question. À qui sert ce film ?
Ce film n’est pas le lieu où en apprendre sur les Aurignaciens ou sur l’intérêt scientifique du site.
Peut-être dans quelques siècles aura-t-on là l’exemple du fonctionnement d’une fouille programmée en 2025 (rien, sur ce point, n’a vraiment changé depuis 50 ans).
On nous communique des données brutes. Les bonnes questions explicatives sont absentes : pourquoi un tel système, pourquoi une telle organisation (durée des fouilles), quelle est la place des étudiants ?
Le scénario se restreint à l’organisation du chantier de fouille. C’est un choix. Une fois de plus, le public ne peut pas avoir conscience qu’au moins 80 % du travail a lieu après la fouille : mise en forme des données, analyses d’informations et de matériel, écritures de rapports.
Une fouille programmée
En 2025, en France, il y a 2 cadres réglementaires de fouille :
1 – La fouille préventive. Elle dispose de gros moyens financiers. Dans la plupart des cas ce n’est pas de la recherche mais de la collecte et de l’archivage documentaire de haute qualité.
2 – La fouille programmée. C’est celle concernée par le film. C’est de la vraie recherche conditionnée par des questionnements scientifiques que le responsable a formalisés en amont. Elle a des moyens financiers restreints. Dans son fonctionnement elle reste marquée par son histoire. Beaucoup de bénévolat. Des travaux très discontinus, s’étalant parfois sur plusieurs décennies au rythme de quelques semaines par an.
Retour sur un film qu’on n’aurait pas pensé primé. Pourquoi des avis si divergents alors que les membres du jury sont des gens de qualité et compétents. Y a-t-il eu unanimité de leur part ou longs débats ?
La construction chronologique est bien ordonnée. L’entrée en matière et le final sont classiques. Le film commence avec l’arrivée en voiture sur le lieu d’hébergement collectif des fouilleurs. Il se termine par un départ en voiture au soleil couchant.
Aucun doute : le film est scientifiquement sérieux.
L’aspect archéologie préhistorique est présenté sans interview, uniquement par le biais de présentations du site à des visiteurs de passage et par une présentation de l ‘historique des travaux destinée aux fouilleurs.
Le choix de la chanson Manset/Bashung en final interroge. C’est une chanson « à thème », qui demande donc d’être écoutée. Or, pour ceux qui ne la connaissent pas, soit plus de 99 % des spectateurs, on n’a absolument pas le temps de se concentrer sur les paroles, alors que de plus, on cherche à se concentrer sur les images. Et on ne peut s’en détacher car elle n’est pas un fond sonore.
On n’a pas vu les bains du soir dans la piscine. Mais on a les paisibles repas du soir sous la tonnelle. Et toute l’organisation style « camp de vacances », avec la vaisselle, la cuisine, et les courses au super-marché.
On a des instantanés bien « cash », en aucun cas refaits pour les besoins du film.
Un responsable donne des directives et critique le travail …. là : on a du réel, pris sur le vif. Un passage un peu rude, un peu trop insistant … est-ce le choix du réalisateur ? On a envie de dire : « Holà ! Respectez la victime de votre ire justifiée. » Sachant qui plus est qu’il s’agit de fouilleurs bénévoles. En fait, ce ne sont que des relations humaines banales.
Debout autour de la fosse de fouille, des hommes palabrent sérieusement au sujet du travail certainement, pendant que d’autres triment au fond de la fosse, surtout des filles.
Le contenu est très peu individualisé. Les personnages de l’histoire ne sont pas racontés. On aurait pu conter l’histoire type d’ un ou deux intervenants sélectionnés. Mais aucun visage n’émerge dans la sélection d’images retenues par le réalisateur, hormis, mais c’était presque inévitable, le chef de chantier, François Bon.
De Pierre et d’Os
Mention spéciale 1er film
Film de Olivier Besse. 18mn.
Reprise de l’annonce du film.
Ce court-métrage documentaire réalisé dans un cadre scolaire propose une Immersion dans les coulisses du Laboratoire « Traces » à travers le portrait sensible de trois archéologues spécialistes de la Préhistoire. Projet écrit et réalisé par un enseignant avec une équipe de 7 étudiantes et étudiants de BTS Métiers de l’audiovisuel dans le cadre de leur examen final (5 jours de tournage, 5 jours de montage et de mixage).
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Pierres et Os probablement préhistoriques, vu qu’on est dans le cadre de « Objectif Préhistoire ». La polyvalence presque protéiforme de l’auteur pourrait générer de bonnes surprises.
Olivier Besse est un réalisateur de films documentaires pour la télévision, mais aussi de courts-métrages de fiction, presque de science-fiction.
Mention 1er film ?
Peut-être pour les étudiants qui manient caméra, son, montage. Et participent certainement à l’élaboration du synopsis, aux choix des plans et des personnes interviewées.
Mais certainement pas pour le réalisateur au vu de son parcours.
Travail réalisé par un professeur et quelques élèves d’une école supérieure de l’audiovisuel.
Tourné à la Maison de la Recherche à Toulouse.
Travail original, clair.
Beaux plans fixes très travaillés dans l’architecture du bâtiment. Une construction légère avec beaucoup de respirations. Des couloirs carrés, lumineux, présentés avec de belles lignes fuyantes.
Une belle présentation de ce qu’est au jour le jour la recherche en laboratoire. Elle exclut toutefois 2 composantes importantes : les échanges entre chercheurs, et l’atmosphère de copinages et d’inimitiés.
Et on a une agréable recherche autour du lien émotionnel entre le chercheur et l’objet qu’il étudie.
Pour ceux qui s’interrogent sur la prise de pouvoir des machines, relevés 3D et photogrammétries comme outils et acteurs de la recherche.
Une remarque d’un préhistorien (F. Briois) travaillant sur un objet avec son crayon, ses mains et ses yeux : « Le dessin c’est l’étude et la transmission du savoir« .
Durandal, un biface préhistorique à reproduire
Film de Stéphane Kowalczyk. 45 mn.
Reprise de l’annonce du film.
À Tautavel, deux archéologues relèvent un défi technique et historique : reproduire un biface en cornéenne, une roche tenace et méconnue, inspirée par une pièce archéologique exceptionnelle.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
La référence à Durandal, l’épée par excellence avec laquelle Roland ouvrit une brèche dans les Pyrénées, laisse penser à un biface plus que parfait, voire mieux encore. Non, S. Kowalczyk n’est pas l’auteur de cette appellation. La crainte vient des 45 minutes. C’est long, très long pour présenter de l’expérimentation technique. L’art du réalisateur sera d’insuffler un rythme peut-être saccadé, et des respirations.
Stephane Kowalczyk est un réalisateur indépendant. Il alterne entre productions documentaires classiques, et longs métrages de fiction tels « Du bleu au-dessus des toits, » « 1 rue du Caussanel, » et surtout « Capreolus, » œuvre originale et plein de poésie, qui aurait mérité une certaine notoriété, mais a certainement pêché par la faiblesse de certains acteurs.
Gestes d’expérimentateurs.
Autant le tailleur façonneur de la roche révèle une maîtrise de gestes qui peut s’extrapoler à celle prévalant à la préhistoire.
Autant paraissent gauches les levés et lancers de lourds cailloux destinés à briser la roche source de la matière première. Et les modalités en paraissent improvisées, ni rigoureuses, ni documentées. On a un peu l’impression de chasseurs de matière première venus pour le plaisir … et s’épuisant dans l’effort.
Le geste sans le corps associé n’est pas crédible. Le carrier paléolithique portait l’expérience et le savoir de ses ancêtres. C’est à l’usage et à l’apprentissage que le corps se forme au geste. On a là une faiblesse inhérente à beaucoup des expérimentations en archéologie.
Le film est très long, répétitivement long.
La petite promotion de la fête de Tautavel est plus un trop qu’un plus.
À qui ce film peut-il être destiné ?
Fouilles d’Abbeville : fenêtre sur la vie des premiers hommes d’il y a 600 000 ans
Film de François Goulin. 4 mn.
Reprise de l’annonce du film.
La fouille, d’une petite superficie, à Abbeville a permis d’explorer des sédiments alluviaux de la Somme, d’un âge d’environ 600 000 ans. Dans les sédiments, ont été mis au jour des restes de grands herbivores (rhinocéros étrusque et mégacéros) et quelques artéfacts qui témoignent de la présence de l’Homme il y a plus d’un demi-million d’années à Abbeville. Le site se trouve à proximité immédiate de la carrière Carpentier, classée au titre des Monuments Historiques depuis 1983.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Y trouvera-t-on cette étincelle qui en fasse une « brève » de référence ?
François Goulin se présente ainsi : Journaliste. Collaborateur régulier de BRUT, je travaille avec le WWF ou la FNH, sur les sujets liés à l’environnement. Je réalise des vidéos sur l’archéologie, le patrimoine et la recherche avec l’Inrap et le Muséum d’histoire naturelle. J’aime traiter des thématiques avec une dimension sociale, c’est pourquoi je produis des reportages pour la Croix-Rouge et le Secours Populaire. Je suis spécialisé dans les vidéos destinées aux réseaux sociaux. Format court, reportage, capsule pédagogique, ou interviews format « Réèls » pour Instagram…
Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes et François Goulin
Élément de mâchoire de rhinocéros étrusque
Une bonne prise de date de découverte archéologique, peut-être un peu trop rapide au vu du nombre d’informations dévoilées.
Un film sans prétention porteur d’une information anecdotique mais intéressante : il reste des choses à découvrir et étudier, dans les sablières d’Abbeville, d’où Jacques Boucher de Crèvecœur de de Perthes avait extrait, vers 1844, les premiers bifaces jamais identifiés.
Fouille de sauvetage en cours à Abbeville
Toba le volcan qui a failli tuer l’humanité
Film de Franck Cuveillier et Eric Ellena. 90 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Il y a 74 000 ans, une succession d’éruptions du super-volcan Toba plonge la Terre dans un chaos climatique durable. En suivant l’enquête d’un volcanologue et de chercheurs du monde entier, ce film raconte comment nos ancêtres ont frôlé l’extinction, pourquoi certaines espèces humaines ont disparu, et comment Homo Sapiens a su s’adapter pour survivre et devenir l’humanité que nous sommes aujourd’hui.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Il y a 75 000 ans un volcan explose à Sumatra. Documentaire scientifique ? Ou surf sur la vague des apocalypses ? Si les images de fin du monde sont belles, on saura pardonner toute tendance « faire le buzz. »
Frank Cuveillier est un réalisateur de films (La Fabrique de l’ignorance ; Un baiser un tract et tout craque) apparemment « engagé.«
Eric Ellena est un cinéaste, producteur et réalisateur de nombreux docus-fiction.
Le Toba en action.
En trois images, la clôture du film explique pourquoi seuls ceux qui partagent leur repas et refusent l’affrontement survivront à l’anéantissement ! Les « égoïstes » ne peuvent survivre ! Intéressant.
Une enquête qui commence avec des questions sérieuses.
Un premier acte concerne des questions de géologie et de volcans. Il débute à Sumatra. De belles images de synthèse montrent l’explosion du volcan. Noter qu’elles sont trop répétées au cours du film … à quelle fin ? Il se poursuit en Inde autour d’une carrière où se trouvent d’épaisses couches de poussières et cendres qui seraient issues de l’éruption volcanique. Tout cela paraît très sérieusement documenté, et les outils du savoir sont bien présentés.
Mais quand le sujet se déplace vers le reste du monde, et que l’Homme vient au cœur de ce sujet, on a quelques surprises. Comme par exemple : « Neandertal participe à sa propre disparition sur terre en s’entre-dévorant« .
On nous dit que Toba pourrait être responsable de la disparition des premières vagues d’Homo Sapiens à avoir quitté l’Afrique, vagues migratoires sans descendance.
Et on devient dubitatif, sollicitant un peu plus d’explications scientifiques, et peut-être un peu plus de rigueur quand on apprend qu’un petit isolat localisé sur une petite partie de la côte de l’Afrique du Sud serait à l’origine de la vague de Sapiens qui déferlera ensuite sur le monde.
Notre future humanité aurait ainsi survécu aux impacts en cascade de l’éruption du Toba.
Lucy, les 50 ans d’une découverte
Film de Sébastien Pagani et Samantha Fortes. 17 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Il y a 50 ans, une expédition scientifique internationale, menée par Maurice Taieb, Donald Johanson et Yves Coppens, a mis au jour un squelette fossile. Il a été découvert le 24 novembre 1974 à Hadar, dans la région de l’Afar, en Ethiopie. L’individu a été surnommé Lucy en référence à la chanson Lucy in the Sky With Diamonds des Beatles. Aujourd’hui, elle est considérée comme l’une des plus célèbres australopithèques. Daté de 3,2 millions d’années, il appartient à l’espèce Australopithecus afarensis. Avec 52 fragments d’os retrouvés, ce squelette est le plus complet et le premier bien conservé à avoir été découvert pour des périodes aussi anciennes. Qu’est-ce qui la distingue d’un point de vue anatomique ? Quel était son mode de vie ? De quoi son environnement était-il composé ? En quoi cette découverte a-t-elle marqué l’histoire des sciences ? Faisons plus ample connaissance avec Lucy et son espèce à travers ce reportage.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Oui, ayant su entrer dans l’histoire, Lucy mérite des hommages pour ses 50 ans. Qu’en sera-t-il de ce film ? Un documentaire présentant les quelques images d’époque ou expliquant qui est Lucy dans l’arbre buissonnant de l’évolution humaine ? S’agira-t-il d’encenser quelques acteurs de l’époque ? Ou tentera-t-on de rétablir des vérités ? Abordera-t-on ce sujet de l’archéologie néocoloniale qui, bien que différente, règne encore aujourd’hui ?
Sébastien Pagani et Samantha Fortes travaillent au service « Images » du Museum National d’Histoire Naturelle.
Un petit tour scientifique agréable.
On revisite l’arbre qui nous ramène à nos ancêtres. Désormais Lucy n’en fait plus partie. Elle est à l’origine d’une branche morte.
Des explications où rien n’est farfelu, rien n’est péremptoire.
Un bon rythme. Pas de longueurs.
Aurait peut-être mérité un oscar pour la médiation : clair, simple, solide.
Sahara vert, l’énigme du paradis perdu
Film de Saleha Gherdane. 90 mn.
Grand prix du jury
Reprise de l’annonce du film.
Longtemps, le Sahara a été considéré comme une étendue immuable de sable et de roche. Mais, dans les années 50, un chercheur du musée de l’Homme met au jour des centaines de milliers de peintures rupestres dans le Sud de l’Algérie. Ces chefs d’œuvre, datant de la Préhistoire, révèlent au monde occidental un passé insoupçonné. Avant d’être un désert, le Sahara était un eldorado verdoyant où l’on chassait le lion et l’autruche où des sociétés culturelles complexes se sont développées. Que savons-nous de ces peuples du Sahara vert ? A quoi ressemblait leur environnement ? Par quels mécanismes leur paradis est-il devenu le désert que nous connaissons aujourd’hui ? Cette vaste enquête met en lumière un chapitre méconnu de l’histoire de l’humanité : la métamorphose du Sahara. Grâce aux technologies d’investigation les plus récentes, les scientifiques découvrent de nouvelles preuves ensevelies sous le sable, immergées au fond de l’océan ou gravées dans la pierre. Peu à peu, ils percent les derniers secrets du Sahara Vert et nous révèlent l’histoire de ce paradis perdu… Conseiller scientifique : Jean-Loïc Le Quellec.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Ceux qui ont accompagné les communautés touaregs savent que le mythe d’un paradis perdu verdoyant, peuplé d’éléphants, de girafes et de lions, est présent. Le film va-t-il se contenter d’expliquer scientifiquement la désertification du sahara, et ses impacts sur les densités et modes d’occupation du territoire. Ou va-t-il s’attaquer à cette autre énigme essentielle : comment une mémoire de ce temps passé a-t-elle pu se transmettre à travers tant de siècles et de générations ?
Saléha Gherdane est une réalisatrice de films documentaires aux thèmes variés, ayant déjà abordé l’histoire et l’archéologie avec « Le crépuscule des civilisations. »
Du destin de relevés d’art rupestre
R. Nespoulet, en une phrase dit que les relevés réalisés en ces lieux par H. Lhote vers 1960 ont conquis la place d’œuvre originale. Pourquoi ? Parce qu’ils sont de dimension impressionnante. Parce qu’ils sont aisément déchiffrables. Parce qu’ils ont été beaucoup exposés dans des musées et dans des livres. Parce qu’ils sont bien plus accessibles que les originaux.
Un destin intéressant, qui mérite réflexion quant à certaines de nos références.
Du genre des montagnes
On a pu noter que le Tassili a changé de genre. Il est devenu la Tassili.
En langue tamasheq, dont le terme est issu pour désigner un plateau montagneux, il serait du féminin.
Dans la littérature française il a toujours été masculin.
Alors pourquoi se brusque changement ? Pour satisfaire quelles idéologies ?
Le film démarre avec une mise en bouche pompeuse : « Un des plus grands secrets de l’humanité. » On prend peur. Mais ça s’arrête là.
Bien qu’équipé du chapeau d’Indiana Jones, J.-L. Le Quellec ne produit pas ici de grandes vérités interprétatives. Il apparaît en chercheur du savoir explorant la paroi, et pas en détenteur de ce savoir.
De très belles images de synthèse, collées sur les paysages actuels, habillent le Sahara de verdure et d’eau courante.
Beaux mouvements de caméra autour des personnes interviewées.
On a droit à quelques images animées réalisées dans les années 1960, quand H. Lhote relevait les peintures par calque direct. Et le caractère destructeur de cette méthode est rappelé.
Intéressants cours de méthode comme l’étude des parois des vielles poteries imprégné&es du résidu de ce qu’elles ont contenu, ou comme la présentation de la caméra hyperspectrale, joli nom magique et savant permettant d’enregistrer des teintes invisibles à l’œil nu.
Le film aborde l’histoire du climat du Sahara, qu’on étudie au fond de l’océan atlantique, dans l’évolution des couches successives de sable qui, emporté par le vent s’y est déposé au fil du temps.
Le film aborde l’histoire du peuplement du Sahara, surtout à travers les 3 phases représentées sur les roches peintes. La végétation luxuriante associée aux girafes, aux éléphants, aux lions. La végétation steppique avec les troupeaux de bovidés d’élevage. Puis l’arrivée des chameaux, symboles du désert.
Le mystère des cerfs-volants du désert
Prix de la médiation scientifique
Film de Nathalie Laville. 90 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Au Nord de l’Arabie Saoudite et au Sud de la Jordanie, se trouvent des milliers de mystérieuses structures géométriques dont la forme, vue du ciel, fait penser à d’immenses cerfs-volants. Les plus anciens de ces gigantesques alignements de pierres ont été élaborés vers 7 000 avant notre ère. Nous voilà donc en présence de quelques-unes des plus anciennes structures de l’histoire de l’humanité, antérieures de plus de 4 000 ans aux pyramides d’Egypte et aux spectaculaires alignements de Stonehenge. Ces structures, qui les a conçues ? Et pourquoi ? À l’aide des technologies les plus modernes et déterminée à apporter sur la période méconnue du Néolithique un éclairage inédit, une équipe internationale d’archéologues menée par le français Rémy Crassard et le franco-jordanien Wael Abu-Azizeh tente de résoudre cette énigme.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
Ce titre aurait pu nous emmener en Amérique du Sud, vers le désert d’Atacama, la civilisation Nazca, et les gigantesques figurations tracées sur le sol. On aurait alors craint d’être entraîné vers ces interprétations hasardeuses qui ont été jusqu’à proposer que leur réalisation imposait des interventions extraterrestres. Mais nous partons en Jordanie, vers de gigantesques alignements de pierres. Y-a-t-il vraiment un mystère ? Et si oui, sera-t-il bien identifié ?
Nathalie Laville est une réalisatrice-autrice entre autres d’un long documentaire sur la grotte de Lascaux.
Le film aurait pu s’appeler massacres dans le désert.
Des murettes pouvant atteindre 6 km de long canalisent les troupeaux de gazelles vers des enclos pouvant atteindre la taille d’un terrain de football au fond duquel les animaux vont se jeter dans des fosses de quelques mètres de diamètre. À quelque distance, des sites d’activité ont conservé le produit de ces chasses. Ils sont associés semble-t-il à des monuments destinés à des rituels visant à favoriser cette chasse. Une datation OSL propose : 7000 ans.
On est dans l’esprit du coraling nord américain, et dans les visions de troupeaux de chevaux (mythe de Solutré) ou de mammouths poussés à se jeter en courant dans des pièges.
Le sujet archéologique est passionnant. Sérieusement argumenté. Il demanderait des recherches nouvelles, ré-orientées, plus rigoureuses peut-être. Le peu qui est montré de la découverte des stèles, et surtout de leur fouille, laisse penser (à tort ?) aux modes de découverte et d’étude de l’archéologie égyptienne d’il y a un siècle.
Un sujet passionnant, qui interroge. Une approche qui fait que sans cesse, on attend que soient abordées les questions qu’on se pose. Cela a un côté énigme policière, bien montée puisqu’elle nous tient en alerte.
C’est un bon film parce qu’on ne s’ennuie pas.
Belles images de synthèse, tant de végétation verte recouvrant le désert d’Arabie, que de hardes de gazelles se jetant dans le piège. Et belles vues depuis le ciel.
Des séquences séparées par des images « bouche-trou », courtes vues de paysages qui offrent une respiration au spectateur. Des respirations peut-être utiles pour permettre la concentration.
L’enquête du cinéaste est bien menée, bien présentée, même si d’évidence pour les besoins du film, elle remanie un peu l’enquête de l’archéologue.
La découverte d’une stèle ornée. On croit à un remake pour le film. Eh bien non. À quelques coups de pinceau près elle a eu lieu en quasi-direct. La découverte de la cachette du collectionneur préhistorique de fossiles aurait-elle, elle aussi, eu lieu en quasi-direct ?
On commence avec la déclamation « équipe internationale », comme si le label international était une garantie de qualité d’une recherche archéologique. Et on retrouve souvent des superlatifs pompeux comme : « … les plus anciennes structures … »
Quand on parle de : « l’apparition de la faculté du cerveau à faire des plans, » cela devient un peu trop niveau café du commerce et donc un peu attristant.
Et on a même du classique cent fois répété, comme la clôture du film avec la voiture qui quitte le chantier de fouille au soleil couchant.
Et pourtant on regarde. L’intrigue est bien construite.
El Kowm, une histoire d’avant l’écriture
Film de Amjad Alqadi. 23 mn.
Reprise de l’annonce du film.
Ce film présente la préhistoire dans la région d’El Kowm au cœur de la steppe syrienne dont l’occupation humaine y remonte à au moins 1.8 millions d’années et se poursuit jusqu’à nos jours. Plusieurs scènes de l’environnement et des activités humaines au Paléolithique, à l’Epipaléolithique et au Néolithique ont été reconstituées en s’appuyant fidèlement sur des données scientifiques. Ce parcours au travers du temps illustre tant le mobilier archéologique que la faune et la flore qui ont assuré la subsistance et la longévité des groupes humains dans ce milieu aride de la Syrie centrale.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
El Kowm : un site paléolithique syrien donc l’occupation s’étendrait d’il y a plus de 1,5 millions d’années, jusqu’au Néolithique.
Amjad Al Qadi est chercheur en archéologie à l’Université de Genève,
C’est une présentation de type Power-Point, adossée à des fonds d’écran dessinés représentant des paysages différents suivant les époques. Le fonds sonore est un monologue scientifique illustré d’incrustations apparaissant sur les fonds d’écran.
C’est soigné, sérieux, mais pas vraiment du cinéma.
Les Gardiens du Passé de Menjez
Reprise de l’annonce du film.
Film de Giovan Peyrotty. 19 mn.
Le Liban, riche en vestiges archéologiques, abrite le projet « MEG-A » co-dirigé par la Dr. Tara Steimer de l’Université de Genève. Centré sur les impressionnantes tombes mégalithiques du nord libanais dans la région de Menjez, le projet explore les origines des bâtisseurs, leur émergence au 4e/ 3e millénaire av. J.-C., et le rôle des commanditaires dans la formation des cités-Etats levantines. Le projet documentaire « Les Gardiens du Passé de Menjez » plonge dans cette aventure archéologique, filmant les scientifiques passionnés explorant ces mystérieux mégalithes. Les habitants de Menjez jouent un rôle clé, partageant leur vision du site et contribuant à la préservation du patrimoine. Le projet scientifique, toujours en cours, va au-delà de l’archéologie, incarnant un effort local pour préserver ces nécropoles et favoriser le tourisme autour de ces précieuses reliques du passé.
Qu’attendre du film en ne connaissant que le titre et le réalisateur
On va supposer qu’il s’agit de Menjez à l’extrême nord du Liban, et que traitant de préservation patrimoniale, le documentaire aura une composante politique.
Giovan Peyrotty est géologue et chercheur de formation. Chercheur associé à l’Université de Genève (UNIGE), il collabore ponctuellement à des projets d’étude des environnements passés. Passionné par la communication scientifique et la production documentaire, il a fondé l’association SciencEscape qu’il dirige. Reconnue comme organisation d’intérêt public, cette association s’attache à transmettre la passion et les connaissances des scientifiques à travers la création de documentaires accessibles, renforçant ainsi le lien entre science et société.
Le film débute avec un discours off agréable, centré sur l’humain, presque poétique.
Le programme de recherche sur les mégalithes est à peine esquissé, mais l’étude en parait à ses débuts.
C’est soft et agréable. La volonté locale d’une politique patrimoniale est mise en avant, mais le cadre géopolitique de ce village chrétien du Nord-Liban n’est pas abordé.
Pour patienter en attendant la délibération du jury, 2 courts films ont été diffusés
Paysages post-archéologiques (Lascaux)
Film de Nathalie Joffre. 5 mn.
Pendeloque en os hyoïde
Film de Pascal Magontier avec J.-M. Geneste. 6 mn.
Rédaction Y. Le Guillou
2011 – Tintin et la lanterne magique
2012 – Les chevaux font leur cinéma
2014 – Autant en emporte le vent
2024 – Retour vers le futur
2026 – Le mammouth roi
2028 – ? ? ?
L’association « Préhistoire du Sud-Ouest » est entièrement
indépendante de la Mairie de Cabrerets. Nous remercions la commune, ses
élus, et la direction du centre du Pech Merle de leur soutien sans
faille.